Suivez Jean de la Nuit

 

Il suffit de passer le pont

 
Beaucoup d’entre vous ont déjà arpenté l’itinéraire de randonnée de 
la vallée du Madet. Il existe désormais un nouveau parcours, raccourci 
de moitié mais qui, en compensation, vous fera marcher dans l’histoire,
sur les traces de Jean de la Nuit, un meunier de légende. 
Oui, on franchit toujours le pont des Pirins.
 
Ah ! la vallée du Madet. On n’y entre pas comme dans un moulin, on y pénètre presque religieusement
sous les ramages en arceau des grands buis. Sans le vouloir et sans que ce soit nécessaire, on baisse un peu la tête
comme pour un adoubement. On nomme les arbres, ceux que l’on sait reconnaître, comme on nommerait les
participants à un rituel : le frêne, l’aulne, le noisetier, le houx, l’aubépine, le robinier, le tilleul, le chêne…
“chêne pédonculé” précise le plus savant de la bande. On touche de la main la mousse sur le rocher et 
les fûts mangés de lierre. On prévient les enfants de faire attention aux pierres qui sont glissantes au bord de l’eau. Ils s’éclaboussent, s’enfuient en riant et prennent de l’avance. 
Un guide de confiance
On se retrouve à l’une des tables de pique nique pour faire selon l’usage, pique niquer, ou bien ne rien faire,
écouter le chant des oiseaux, un bruit dans les feuilles mortes ou la musique du ruisseau. On chante la chanson 
de Brassens : « Il suffit de passer le pont / C’est tout de suite l’aventure / Laisse moi tenir ton jupon / J’t’emmène
visiter la nature. » Les enfants veulent tout savoir, le jupon et le pont des Pirins… À un coude du chemin, on
tombe sur un bâtiment en ruine qui, avec ses grands yeux vides, a l’air d’un oiseau de nuit surpris par le
plein jour. On heurte de la semelle une meule, oui, une meule de moulin, dont on ne saurait dire s’il s’agit de 
la meule dormante ou de la meule tournante, mais celle-ci dort bel et bien dans un lit d’herbe et de stellaires.
Depuis bientôt deux décennies, l’association de La Vallée du Madet œuvre pour la sauvegarde et la valorisation
du site. Elle souhaitait que soit aménagé un sentier de découverte. La Communauté de communes a accédé
bien volontiers à sa demande. On peut désormais “visiter la nature” tout en apprenant l’histoire de la vallée grâce
à des panneaux d’interprétation installés au long de l’itinéraire.
Au premier panneau, on fait connaissance avec Jean de la Nuit, que l’on retrouvera à chaque étape, suivi, 
sous un croissant de lune, d’une mule qui tire une carriole chargée de sacs de farine. Jean de la Nuit est un guide
de confiance, mais son premier métier, son vrai métier, c’est meunier. 
Du XVII e siècle jusqu’au début du XX e, ils étaient nombreux comme lui à user de la force du Madet, à 
moudre le blé pour la farine blanche, le seigle pour le pain bis et le sarrasin pour le bétail.
Comme l’activité n’était pas souvent d’un rapport suffisant, ils élevaient des bêtes, cultivaient des terres 
en terrasses. Au deuxième panneau ou à celui d’après, on apprend qu’il y avait aussi des moulins à huile et 
à chanvre. On apprend que le dernier moulin “en activité” fut certainement le moulin des Maquisards qui 
servit de refuge aux Résistants pendant la Seconde guerre mondiale. On apprend beaucoup tout
au long du sentier, on invite les enfants à lire les panneaux, on sait répondre à leurs questions à propos de 
la meule dormante et de la ruine que l’on a vues tout à l’heure.
“Roman”, vraiment ?
Mais combien de moulins y avait-il exactement dans la vallée ? Et quel fut le premier nom du Madet ?
D’où vient le robinier, ce faux acacia ? Est-ce que l’on cultivait le chanvre sur le pré de la Ramade ? 
Quel est le nom de cette très ancienne variété de blé que l’on sème à nouveau pour faire le pain
du Livradois ? 
Quel était l’usage ou la fonction de cette tour en face du moulin des Maquisards ? 
Et le pont des Pirins, est-il aussi roman qu’on le dit ?
Et là-haut, dans le ciel, n’est-ce pas le circaète Jean-le-Blanc ? 
Pour le savoir, il faut suivre les traces de Jean de la Nuit, il faut pénétrer, avec tous les
égards qui lui sont dus, dans la très belle vallée du Madet. Et c’est bien le
diable si vous ne croisez pas un geai qui vous salue de son envol bleuté.
 
 
Article de la
COMMUNAUTÉ DE COMMUNES DE BILLOM-SAINT-DIER
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Été 2010 numéro 13